L’édito Lobby local #2

« Vous n’avez pas assez d’expérience. »

Combien de jeunes ont entendu cette phrase, en se demandant comment acquérir une expérience que personne ne veut leur donner ? Pourtant, nos entreprises cherchent des talents. Et selon l’enquête menée cette année par le Forem avec UCM, ce sont les entreprises de moins de 10 travailleurs qui portent plus de la moitié des projets de recrutement en Wallonie. Les jeunes et nos TPE se cherchent, sans assez se trouver.

Pourtant, ce que les jeunes cherchent, nos entreprises peuvent souvent l’offrir. Sur le terrain, la question du sens revient très régulièrement. La PME est précisément un endroit où il se voit directement : on sait pour qui on travaille, on connaît son patron, on mesure ce que son travail change, on produit sur et pour son territoire. Et l’entreprise y gagne autant : un regard neuf, une aisance avec les nouveaux outils, et parfois la relève qu’elle cherchait.

Ce besoin de sens n’est pas un caprice. Beaucoup de jeunes ont le sentiment de courir sans savoir vers quoi, et cela pèse : près d’un jeune sur quatre (de 15 à 24 ans) souffre d’anxiété ou de dépression selon Sciensano, et nous l’entendons aussi autour de nous. Déjà fragilisés par la crise sanitaire, ces jeunes ont en plus vu arriver l’intelligence artificielle sans cadre ni mode d’emploi. À quoi bon réussir brillamment un examen, si une IA fera demain la même chose en quelques secondes ? Surtout si on oublie que l’examen n’est pas le but mais bien un marchepied vers la vie active.

La question n’est pas absurde. Aux États-Unis, des chercheurs de Stanford constatent que les jeunes sont les premiers touchés dans les métiers exposés à l’IA, parce qu’on les embauche moins. Mais là où l’IA assiste au lieu de remplacer, leur emploi tient bon. L’IA n’est pas une fatalité, c’est un choix d’usage. Et ce qu’elle ne sait pas faire, ce sont les ficelles du métier, celles qui ne s’apprennent qu’au contact de ceux qui les pratiquent, dans nos ateliers, nos chantiers, nos commerces et nos bureaux.

Des voies existent : les filières techniques et l’artisanat, l’alternance, où plus de huit apprenants IFAPME sur dix trouvent un emploi ou poursuivent leur formation dans les six mois, et tout ce que l’entreprise apprend sans l’enseigner, comme travailler en équipe ou s’adapter quand rien ne se passe comme prévu.

Le Brabant wallon a des atouts pour faire ces ponts. Le 6 octobre, nous étions au lancement d’Éclat de jeunesse, la nouvelle initiative d’Infor Jeunes Brabant wallon qui veut connecter les jeunes talents du territoire avec ses entreprises. Et nous voyons chaque année, aux côtés de l’UCLouvain, des jeunes créer leur propre entreprise dès la sortie de leurs études.

C’est en tant qu’entrepreneur une responsabilité que d’oser donner sa chance à quelqu’un qui n’a pas encore d’expérience. Le tout en enrichissant son expérience et sa vision. L’enquête du Forem sur les besoins de main-d’œuvre pour 2027, en cours, permet pour la première fois d’y signaler vos places de stage : prenez le temps d’y répondre.

Alors, et si on arrêtait de demander de l’expérience pour commencer à en donner ?

Thomas Lepers

Chargé de relations Brabant wallon

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