Interview : “La Clé des Champs”

Nous vous présentons l’interview de l’ASBL de la Clé des Champs qui a été bénéficiaire des dons de tombola récoltés lors de notre précédente édition de la Happy Winter. Nous souhaitions mettre en avant le centre ainsi que les personnes qui le font vivre pour mieux comprendre leurs réalités de terrain.  

Pouvez-vous nous présenter la Clé des Champs ?

La Clé des Champs est une ASBL créée au début des années 1980 et elle est reconnue aujourd’hui comme Service Résidentiel pour Jeunes (SRJ). Elle dépend de l’AVIQ, ce qui la rattache au secteur du handicap, même si les enfants accueillis ne présentent pas de handicap moteur ou intellectuel. Les enfants accueillis présentent des troubles du comportement et des apprentissages suffisamment sévères que pour être considérés comme handicapants.

Le centre se situe dans une approche intersectorielle entre les secteurs du handicap, de l’aide à la jeunesse et de la santé mentale. Cet ancrage permet une circulation des enfants entre différentes structures selon l’évolution de leur situation. Dans le Brabant wallon, ces collaborations sont facilitées par des réseaux locaux, notamment autour de la santé mentale.

Quel est le profil des enfants accueillis et comment se déroule leur admission au sein du centre ?

Les enfants qui sont accueillis ont souvent connu des parcours de vies marquées par des ruptures précoces : exclusions scolaires très jeunes, contextes familiaux instables, traumatismes ou carences affectives. Leurs difficultés ne sont pas isolées et s’inscrivent dans une histoire globale, complexe qui nécessite un accompagnement structuré, constant et coordonné avec de nombreux partenaires.

En ce qui concerne leur admission, celle-ci doit passer par une reconnaissance officielle par l’AVIQ sur base d’un dossier constitué avec différents professionnels. Cela permet aux enfants d’obtenir un numéro AVIQ qui leur garantit un cadre clair et sécurisé. La Clé des Champs accueille des enfants âgés de 6 à 13-14 ans avec pour objectif de préparer une réorientation vers des structures plus adaptées à l’adolescence, même si le manque de places rend parfois ces transitions difficiles.

Comment s’organise le quotidien des enfants ? Quelles activités leur sont proposées ?  

Le centre fonctionne 24 heures sur 24, toute l’année. Les enfants sont scolarisés dans plusieurs écoles différentes afin de favoriser l’inclusion et d’éviter les effets de groupes. Les journées sont structurées ainsi : retour d’école, temps calme, devoirs puis activités en sous-groupes. Cela permet de rassurer les enfants et de leur donner des repères stables et essentiels à leur équilibre.

Les activités, elles, sont variées et adaptées aux besoins de l’enfant : activités créatives, sport, médiation animale, hippothérapie, sorties culturelles ou encore temps de jeux encadrés. Certaines de ces activités s’inscrivent dans un processus thérapeutique à long terme en complément des suivis extérieurs.

La Clé des Champs ne propose aucune thérapie en interne mais s’assure de la coordination avec les professionnels concernés. Pour prendre soin des enfants, nous sommes une équipe d’environ 17 professionnels composée notamment d’éducateurs et de psychologues ainsi que de la direction, du personnel administratif et technique.

Comment concilier l’accompagnement individuel & vie collective ?

La vie collective est à la fois une richesse et un défi. Les enfants ont tous un besoin important d’attention individuelle, ce qui peut rendre la dynamique de groupe complexe. Chaque enfant dispose d’un référent éducatif, garant du suivi personnalisé. Le collectif, lui, devient alors un outil éducatif, à condition d’être encadré par une équipe stable et formée.

Quelle place occupent les familles dans l’accompagnement de l’enfant ?

Les situations familiales sont très diverses. Certains enfants rentrent chez eux tous les week-ends, d’autres sont hébergés toute l’année. Des entretiens familiaux sont organisés, ainsi que des contacts téléphoniques réguliers. Lorsque cela est possible, des familles de parrainage ou des partenariats extérieurs permettent de maintenir ou de reconstruire des liens, dans un cadre sécurisé.

L’adolescence représente-t-elle un enjeu particulier ?

Oui, l’adolescence est une période de fragilité importante. Le travail sur l’autonomie devient central : les déplacements, la gestion du téléphone, l’usage des réseaux sociaux. Le manque de structures adaptées pour les adolescents complique parfois les parcours et peut entraîner des maintiens prolongés au sein du centre, qui ne sont pas toujours optimaux pour ces jeunes.

Quels sont les principaux enjeux financiers ?

Le financement provient majoritairement de l’AVIQ, complété par d’autres dispositifs publics et des financements ponctuels. Ces moyens couvrent le fonctionnement de base, mais restent insuffisants pour renforcer l’encadrement, pérenniser certaines activités ou encore réaliser des travaux d’infrastructure nécessaires. La recherche de fonds fait donc partie intégrante du fonctionnement du centre.

Quels défis se posent pour l’avenir ?

Les principaux défis concernent la rénovation des infrastructures, le maintien d’une équipe engagée, le manque de solutions pour les adolescents et l’accompagnement vers l’âge adulte. La sortie du centre est un moment sensible, avec un risque réel de rupture. Notre travail s’inscrit dans une obligation de moyens, dans un contexte où les besoins restent supérieurs aux ressources disponibles.

Le retour que nous attendions après la Happy Winter : est-ce que les enfants se sont amusés à Disney ?

Les enfants ont passé deux jours magiques à Disney. Cela nous a permis de profiter d’une petite bulle d’oxygène qui a fait du bien à toute l’équipe. Ils ont eu l’occasion de voir les parades et de profiter de nombreuses attractions. Une parenthèse lors des fêtes de fin d’année qui a été bénéfique aux 5 enfants présents qui n’ont pas eu la chance de rentrer dans leurs familles à cette période.