Mise en garde contre le démarchage agressif

Les professionnels, en rapport B2B, n’ont pas de droit de rétractation quand ils signent un contrat. Il faut donc être très prudent face à un commercial convaincant. Récit d’une grosse colère…

Laurence Martinez se lance comme indépendante en novembre 2014. Pour faire connaître ses services d’aménagement d’intérieur, elle décide de privilégier les canaux web. Elle fait un premier choix de prestataire qui s’avère mauvais. Son site n’est pas référencé, ce qui ne lui permet pas de développer sa visibilité comme elle le souhaite.

En janvier 2015, elle est donc réceptive quand un délégué de la société Click+, émanation du groupe Proximedia, frappe à sa porte et lui propose de recréer un site vitrine. Lui sont vendus : un package pour optimiser le référencement naturel, des campagnes Google Adwords, un suivi de la part de son gestionnaire de site… bref tout ce dont elle a besoin.

“Lorsque le commercial m’a présenté les services, il me montrait les prix habituels proposés aux clients. Mais pour moi, c’était moins cher car je bénéficiais soi-disant d’une offre exceptionnelle”, témoigne Laurence. Elle signe sur-le-champ un contrat qui la lie à Click+ pendant 48 mois. “Au moment de la signature, j’étais persuadée de m’engager pour 24 mois, car j’étais noyée par les informations du commercial. Et pourtant, sur papier, la durée du contrat est double.” Le prix “exceptionnel” est de 136 € par mois HTVA, jusqu’au terme. Sur 48 mois, cela représente donc un investissement de 6.528 € pour un simple site vitrine avec, il est vrai, des campagnes Google Adwords.

Limiter les dégâts

Laurence se rend compte qu’elle n’a toujours pas trouvé le prestataire qu’elle espérait. Les textes fournis par Click+ pour son site ne lui conviennent pas. Elle conteste également le choix des mots-clés. “Je leur ai dit que je n’étais pas satisfaite du travail et ils ont admis, à deux reprises, que le site n’était pas optimal, affirme-t-elle. Ils ont même proposé d’en créer un nouveau.”

Mais Laurence Martinez n’a plus confiance. Elle veut, dit-elle, “limiter les dégâts” et se dégager du contrat. Celui-ci prévoit une indemnité de rupture égale à 60 % du montant total des mensualités restant à échoir. C’est tout à fait légal, mais coûteux pour la contractante. En l’occurrence, elle a déjà payé dix mois. Il lui en reste trente-huit. Cela fait plus de 3.000 € à verser pour rien.

Très en colère, Laurence s’est entourée d’un avocat et a lancé une page Facebook pour rassembler les indépendants qui s’estiment victimes d’un démarchage agressif et mettre leurs collègues en garde. “Je me suis aperçue que je suis loin d’être la seule à me sentir flouée par des démarcheurs de BeOne, BeZoom, Online, Bizbook, Click+ ou autres sociétés de la galaxie Proximedia. Mon objectif est de recenser un maximum de cas pour alerter un maximum de professionnels : soyez prudents, une signature pourrait vous être très dommageable !”

Droit de rétractation pour les professionnels

Les juristes de l’UCM reçoivent régulièrement des appels à l’aide d’indépendants concernant des contrats passés avec une filiale de Proximedia. C’est la démarche commerciale qui pose problème.

Jean Jungling est un des juristes de l’UCM qui reçoivent les interpellations des membres du Mouvement concernant les arnaques en tous genres. Il tient à faire la part des choses. “Proximedia est une société honorable qui n’a rien à voir avec les escroqueries aux annuaires internet. Ni Proximedia ni aucune de ses filiales ne sont reprises dans la liste des arnaqueurs tenue par le SPF Économie. Non seulement les pratiques de cette société sont tout à fait légales, mais le service proposé par le groupe est réel et, dans bien des cas, convient aux attentes et besoins des clients.”

Il est tout aussi vrai cependant que, dans certains cas, le service proposé ne convient pas : il est trop cher par rapport aux ambitions et aux moyens des clients. Pourquoi alors signent-ils le contrat ? Parce qu’ils se trouvent face à un commercial convaincant et pressant, qui essaie davantage de forcer une vente que de trouver une offre adéquate. Et l’indépendant se retrouve engagé à payer trop cher, trop longtemps, un service inadapté.

L’indemnité de rupture de 60 % des mensualités à échoir est légale, mais énorme. Il faut toutefois préciser que Proximedia accepte souvent de faire un geste commercial. La société peut, bien que rien ne l’y oblige, annuler le contrat si la demande se fait rapidement et qu’aucune dépense n’a été engagée. Elle tient compte également des difficultés financières, bilan comptable à l’appui, pour réduire les indemnités de rupture.

Le conseil est clair : face à un commercial, quel qu’il soit, il faut toujours rester prudent, ne rien signer à la minute, prendre le temps de la réflexion et demander conseil. L’UCM demande un droit de rétractation pour les professionnels, comme il existe pour les particuliers, lorsque le contrat a été signé suite à un démarchage.